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Qui sont donc vraiment les patients insatisfaits d'une chirurgie esthétique ?

Dans une très intéressante étude parue dans le journal plastic and reconstructive surgery, parue en décembre 2021 volume 148 numéro 6 page 1233 et signée par les très expérimentés chirurgiens réparateurs américains, Mark Constantian et Nick Zaborek, se trouve une étude rétrospective portant sur le vécu de la honte corporelle chez 218 patients non satisfaits de leur opération de chirurgie plastique ou esthétique.

Ces patients ont été soumis à un interrogatoire précis afin de retrouver les causes de leur mal être.

Ce qui est tout à fait frappant et qu'ils ont retrouvé dans cette cohorte près de 80 % des cas des antécédents de maltraitance infantile :

1) pression émotionnelle exagérée (41%)

2) abandon émotionnel (38%)

3) abus sexuel intrafamilial (36%)

4) présence d'une pathologie mentale familiale (29%)

5) consommation exagérée d’alcool ou de drogues, etc…

Au total 52 % des patients présentant une insatisfaction post-opératoire après un acte chirurgical de chirurgie plastique mentionnaient une honte de leur corps avant toute opération ;

Près de la moitié de ces patients ont demandé une retouche de leurs opérations, voire une réfection de celle-ci ; ils ne sont pas loin de la dysmorphophobie…

Les auteurs plaident pour que soit établi un score préopératoire d’exposition à la maltraitance infantile, établi pour chaque patient demandant une chirurgie esthétique ou réparatrice ; cela afin que l’opérateur puisse se confronter en toute connaissance de cause à ces personnalités très variables, présentant un simple complexe jusqu’à une vraie pathologie de type dysmorphophobie, ou même porteur de tendances paranoïaques.

La très forte incidence de la honte corporelle préopératoire pourrait ainsi être reconnue, et soignée avant l'acte opératoire lui-même ; car ce sont ces patients victimes de maltraitance infantile qui présentent le plus de risques de refus d’adhérer à un résultat opératoire apparemment satisfaisant, et qui aurait été très bien intégré en l'absence d'une personnalité déstabilisée par cette enfance mal vécue.

Ces statistiques concernent aussi bien la chirurgie esthétique et réparatrice du visage que celle concernant le corps.

Les auteurs concluent que la honte corporelle est la conséquence et aucunement la cause du complexe physique allégué, c’est l'aboutissement habituel de la maltraitance infantile, quel qu'en soit le type ; la dévalorisation occasionnée par cette souffrance infantile ressurgit plus tard dans des complexes physiques qui peuvent pousser à la demande d'opération dont il s'avère quelle sera de toute façon mal acceptée, génératrice de doléances, d’insatisfactions, de demande de retouche opératoire, voire d'agressivité vis-à-vis de l'opérateur...

Il ne s'agit pas seulement de patients présentant des signes de dysmorphophobie pathologique, mes de patients pour lesquels on ne peut pas imaginer un tel passé lourd et insupportable, si on n'avait pas osé leur poser la question d'une éventuelle maltraitance infantile...

La honte de son propre corps ou même une simple insatisfaction ou un complexe léger ne sont donc qu'un symptôme après une enfance chaotique, et non pas la cause en elle-même de ce complexe, selon l'affirmation du docteur Constantian.

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Graisse de surface et graisse profonde

Les enjeux esthétiques

Docteur Vladimir Mitz

La répartition de la graisse est très spécifique au niveau du corps humain; ainsi une femme change trois fois de corps au cours de sa vie: À la puberté, autour de la quarantaine après les grossesses, et vers 55-60 ans après la ménopause.

Mais la répartition de la graisse est inégale:

on distingue les graisses de surface qui sont faites de petits lobules de la taille de graines de couscous allant jusqu'au diamètre d’un petit pois, et les graisses profondes qui peuvent atteindre la taille d'un grain de raisin;

Les graisses de surface peuvent augmenter ou diminuer en fonction de l'alimentation et de l'activité sportive; elles sont donc mobilisables au cours d'un régime drastique;

Au contraire, les graisses profondes sont très difficilement mobilisables, malgré le régime et le sport;

Leur origine est génétique, les patients ont tendance à reproduire un corps déjà présent dans les ascendants;

C'est pourquoi dans certains cas un régime prolongé ne parvient pas à totalement modifier une silhouette mal-aimée; c' est aussi la raison pour laquelle les opérations bariatriques peuvent laisser subsister des amas graisseux profonds indésirables, telle une culotte de cheval , un bedon irréductible, ou des gros membres inférieurs qui de plus peuvent être atteints de lipoedeme ou de lymphoedeme.

Un traitement visant à harmoniser la silhouette va donc dépendre de deux facteurs différents:

1)Une action sur les graisses de surface où la perte d'épaisseur repose sur le régime et le sport qui sont donc prépondérants, ou parfois déclenchée par une opération bariatrique;

2)Une action chirurgicale sur les graisses profondes peut nécessiter une intervention simple ou complexe selon les cas:résection cutanéo-graisseuse ou liposuccion à différents étages.

Quels sont les sites principaux du stockage des graisses profondes?

1) au niveau du visage, ce sont le cou et la bajoue: Dans cette localisation, je suis un partisan du lipolift ou liposuccion de la moitié inférieure du visage et du cou, en surface et parfois en profondeur.

Par contre l'ablation des boules de Bichat entraîne à long terme un aspect squelettisé de la face; je suis très réticent dans beaucoup de cas à pratiquer cette opération actuellement trop à la mode chez nombre d'influenceuses aux joues excavées!

2) au niveau des bras il existe une masse graisseuse postérieure, sorte de cylindre épais et persistante malgré l' amaigrissement, mais qui est heureusement très améliorable par une liposuccion ciblée.

3)Au niveau du corps la liposuccion peut agir sur les graisses profondes au niveau des seins, du ventre sus et sous ombilical, au niveau des flancs, du torse, du dos, des fesses, de la culotte de cheval, de la région crurale(quand il existe un frottement entre les cuisses), au niveau des genoux et des mollets. Parfois il existe des amas graisseux au dos du pied... Par contre au niveau des mains il existe souvent une insuffisance de graisse au cours du vieillissement, et c'est là où la technique du lipofilling fais des merveilles!

4) aux membres inférieurs qui sont épaissis, il faut distinguer deux conditions pathologiques:

* le Lipoedeme qui est une infiltration lymphatique de la Graisse, mais symétrique des 2 côtés, avec apparition de douleur et gonflement après la marche prolongée;

* le lymphoedeme qui est une accumulation de lymphe à cause d'un blocage lymphatique le plus souvent au niveau de l'aine ou du pelvis, asymétrique ou prédominant d’un seul côté;

Ces deux situations peuvent de plus s'accompagner d'une insuffisance veineuse avec varices, pour lesquelles il faudra un traitement spécifique.

En conclusion

Le traitement des amas graisseux indésirables est possible en combinant plusieurs actions;

Le régime, la pratique sportive intensive et les opérations bariatriques vont agir sur les graisses sous-cutanées de surface.

Les amas graisseux profonds sont accessibles à la liposuccion qui est toujours d'actualité, pratiquée avec expérience mais pouvant nécessiter des retouches après 1 ans; la simple liposuccion à la canule Aspirante inventée par Yves Gérard Illouz reste en France une des opérations les plus pratiquées; elle comporte néanmoins différentes variantes(modulation préalable par le laser où les ultrasons), dont la supériorité pour le bénéfice du patient n'a pas été démontrée, mais elle facilite l'action du chirurgien; elle demeure le traitement idéal des graisses profondes;

l'injection de produits lytiques de la Graisse n'a pas encore donné de résultats très probants;

la cryolipolyse est intéressante pour des amas graisseux très localisés et modérés; elle impose plusieurs séances pour traiter des surfaces larges.

enfin la technique du Renuvion( tige sous-cutanée apportant un plasma chauffant à 80 degrés) peut permettre de retendre la peau en contractant le derme, mais aussi en créant une fibrose locale.

La finalité de la prise en charge d'un patient qui souhaite changer d'apparence corporelle en perdant du volume impose donc une politique du régime et de sport au niveau de sa silhouette, qui devra être éventuellement complétée par une réduction des masses graisseuses profondes le plus souvent par liposuccion.

S'il persiste des excédents cutanés, se posera alors la question du redrapage par chirurgie plastique et esthétique.

P1020433 ConvertImageUn article récent paru dans une prestigieuse revue américaine tente d’analyser les traits de la personnalité, l’existence d’une anxiété, et l’importance de l’estime de soi chez 87 femmes dans une université mexicaine;

Cette étude a été conduite par des psychologues et des psychiatres sous la direction du docteur Del Aguila Flores, au Mexique, en utilisant les méthodes et les tests les plus modernes d’évaluation du psychisme;

L’idée générale était qu’une grande partie de la population qui a recours à la chirurgie esthétique possède des anomalies de la personnalité notamment sous la forme de TOC, ou bien de dysmorphophobie plus ou moins apparente.

De très nombreuses études précédentes mené par des psychologues des psychiatres avant une intervention de chirurgie esthétique, avaient d’ailleurs révélé que presque 10 % de la population qui s’adresse au chirurgien esthétique présente plus ou moins des anomalies de la personnalité; ce nombre extrêmement important n’est pas en soi inquiétant ou une contre-indication à la chirurgie dans la mesure où le taux de satisfaction finale des patients approche les 95 %;

Le caractère le plus redouté est le dysmorphic body disorder (BDD) il peut conduire au refus mental du résultat chirurgical avec parfois même une tendance à l’agressivité contre le chirurgien; chaque année plusieurs chirurgiens sont attaqués ou blessés par des patients mécontents à tort ou à raison!

Dans cet article dont nous parlons, la minutie les examinateurs a été extrême, car ils ont voulu établir une répartition des différentes typologies, ce qui confère un caractère très clair à leur étude;

  • Les différentes typologies envisagées et repérées ont été:
  • Les tendances paranoïdes, avec des patients très craintifs ou suspicieux
  • Les tendances schizoïdes, avec de grandes anomalies de l’humeur et des variations d’humeur, caractérisant des patients adeptes de la pensée magique
  • Les patients histrioniques, très extravertis, voulant se faire remarquer à tout prix
  • Les patients antisociaux, repliés sur eux-mêmes, irresponsables, insouciants du droit des autres
  • Les patients hyper narcissiques, manquant d’empathie, et voulant susciter l’admiration à toute occasion, pleins d’arrogance
  • Les patients impulsifs à la personnalité explosive
  • Les patients borderline difficiles à classer, très séduisants, mais avec un vide intérieur
  • Les patients perfectionnistes, à la ponctualité excessive, psychologiquement rigides, hyper travailleurs
  • Les patients hyper dépendants, au comportement soumis, et qui s’accrochent au médecin
  • Les patients hyper anxieux, socialement inhibés , présentant un sentiment d’infériorité

Comme on le voit cette typologie a le mérite d’être très large ,et d’explorer plusieurs types humains;

Les conclusions des auteurs sont étonnantes: ils ont retrouvé beaucoup moins de caractères psychopathologiques que ce qui était précédemment publié ou indiqué!

Les personnalités histrioniques ont été les moins fréquentes, et l’anxiété a été ce qui fut le plus retrouvé dans les questionnaires.

Tous les candidats à la chirurgie esthétique n’ont pas été diagnostiqué aussi fous qu’on le supposait…

Ce qu’on peut critiquer dans cet article le faible nombre de l’échantillon de personnes examinées: seulement 87 questionnaires ont été retenus, en majorité de sexe féminin; il s’agissait de candidats à la chirurgie esthétique et non pas d’un échantillon tout venant et non pas des individus pris au hasard;

Enfin ces auteurs n’insistent pas sur un risque très important que nous rencontrons dans notre activité quotidienne: le dépistage de patients paranoïaques qui peuvent dans des circonstances diverses passer à l’acte et devenir violents, voire même de mutiler ou d’assassiner le chirurgien…

Chirurgie esthétique  Paris 2020 : liftings pour tous?

Stephano Lupieri / Journaliste Les Echos Week-End | 

Chirurgie esthétique : tous liftés ! ©Ruben Gérard pour les Echos Week-End

Encore surtout féminine, la chirurgie esthétique se démocratise. On y fait appel de plus en plus jeune, pour des défauts de plus en plus mineurs. Une évolution contrainte par le diktat des apparences qui place le corps sous l'influence de la mode.

Gabriela est déjà passée à quatre reprises sur le billard afin de redessiner sa silhouette. Pour cette Parisienne de 49 ans le recours à la chirurgie esthétique relève de l'évidence. Ses origines brésiliennes y sont sans doute pour quelque chose ! « Là-bas on va chez ce praticien comme chez le dentiste », précise-t-elle. Son chirurgien l'a donc accompagnée tout au long de sa vie, à commencer par une opération du nez peu après ses 20 ans. « Je le trouvais trop large, disgracieux. Ma mère m'avait dissuadée de le faire mais j'ai tenu bon. Après l'opération je me suis sentie plus belle, mieux dans ma peau. »

Dans la foulée, cette élégante célibataire s'est attaquée à sa poitrine. « J'étais plate et j'avais hérité des larges épaules de mon père. Bref, je ne me trouvais pas très féminine. Avec mes nouveaux seins le regard des hommes a tout de suite changé. » Et tant pis, si douze ans plus tard il a fallu remplacer les implants. « J'avais maigri, ma peau était devenue plus fine et on voyait les prothèses en transparence. Ca me gênait. »

RESPECT ENVERS LES AUTRES

À l'orée de la cinquantaine cette Franco-Brésilienne est passée tout naturellement au lifting. « Je faisais déjà du Botox mais ça ne suffisait pas. J'ai préféré ne pas attendre que les rides soient trop profondes pour intervenir sur le bas du visage. » Et ce n'est sans doute pas fini. « Je ne m'interdis rien pourvu que ça reste harmonieux. »

Pour Gabriela, cette attention apportée à son corps relève aussi du respect envers les autres. « On n'imaginerait pas aller à un rendez-vous professionnel avec une chemise froissée. Pour le physique c'est pareil. » En France, ce point de vue est encore un peu osé et Gabriela reconnaît volontiers que ses copines françaises sont loin d'être aussi à l'aise qu'elle avec cette pratique.

En 2016 la France n'arrivait qu'au 10e rang des pays « pratiquants » avec 518 000 interventions, loin derrière les Etats-Unis (4,21 millions) et le Brésil (2,52 millions). Mais les mentalités évoluent vite. Selon un sondage Ifop réalisé en 2018, une Française sur 10 aurait déjà eu recours à une intervention esthétique, majoritairement pour se faire refaire les seins. Et 14% des autres envisageaient de passer bientôt à l'acte.

DES IMPLANTS EN CADEAU D'ANNIVERSAIRE

Sans être un raz de marée, le mouvement est net et révèle une vraie démocratisation en cours. Les employés et les ouvriers font jeu égal - voire mieux - avec les cadres ou les professions intermédiaires supérieures, assure le sondage Ifop. Encore un marqueur social qui s'effondre ! De même, la clientèle rajeunit : 42% des Françaises qui se sont fait poser des implants mammaires avaient moins de 35 ans. Et même si on n'en est pas encore comme en Amérique du Sud ou aux Etats-Unis à offrir cette opération en cadeau d'anniversaire à des jeunes filles à peine sorties de l'adolescence, les interventions se pratiquent de plus en plus tôt.

©Ruben Gérard pour les Echos Week-End

Idem pour la lutte contre le vieillissement. « Aujourd'hui on commence dès la quarantaine, indique le chirurgien Vladimir Mitz. Tabac, soleil, alcool, stress... Les organismes sont soumis à dure épreuve. Les femmes veulent regagner les dix ans perdus à cause de leur mode de vie et revenir à l'aspect physique de leur classe d'âge. » Les demandes deviennent de plus en plus subtiles. « L'exigence sur les traits du visage augmente, précise sa collègue Thérèse Awada. On intervient sur des défauts de plus en plus mineurs. »

PLUS D'INTERDITS

Et, surtout, on s'attaque à de nouvelles parties du corps. En 2017, la plus forte croissance dans le monde concernait le... « rajeunissement vaginal ». « Les complexes à ce niveau sont de plus en plus fréquents car la société se dénude sur les plages dans les vestiaires, dans les magasins de sous-vêtements », note le docteur Vladimir Mitz dans son livre Pour ou contre la chirurgie esthétique (Flammarion).

La médiatisation de la pornographie et des actrices au sexe totalement épilé a fait le reste. Beaucoup plus exposée, cette partie du corps est désormais l'objet de toutes les attentions. « Chez les femmes plus jeunes, on intervient sur les petites lèvres trop proéminentes ce qui peut aussi créer une gêne fonctionnelle, explique le chirurgien. Chez les plus âgées, on s'efforce plutôt de repulper les grandes lèvres. » Plus d'interdits donc.

Enfin, les hommes s'y mettent aussi, timidement mais sûrement, ciblant d'abord les poches sous les yeux et les « poignées d'amour ». Ils représentent aujourd'hui environ 15% de la clientèle des praticiens.

UNE PRATIQUE ENCORE CONTROVERSÉE

Faut-il en conclure que la chirurgie esthétique se banalise ? Et qu'il sera bientôt inconvenant de paraître laid ou vieux ? À voir. Car cette pratique demeure toujours controversée. « Notre société a encore tendance à porter un jugement moralisateur à l'égard de toutes celles et ceux qui osent aller à l'encontre de leur nature en cherchant à s'auto-façonner », analyse la sociologue Anne Gotman, auteure de L'Identité au scalpel (Liber).

Il n'est qu'à voir la fascination du grand public pour les « ratés ». A fortiori lorsqu'il s'agit de femmes célèbres. Les lèvres trop gonflées d'Emmanuelle Béart, les visages trop lisses de Rachida Dati ou de Brigitte Macron... La presse ou les réseaux sociaux ne manquent pas une occasion de se moquer de tout ce qui peut paraître exagéré et trop artificiel. Vladimir Mitz y voit là une quête de réconfort pour celles qui n'ont pas eu le courage de passer à l'acte. Et qui ont beau jeu de persifler : « Elle aurait mieux fait de s'accepter telle qu'elle est plutôt que d'aller se faire charcuter. » Une réflexion d'autant plus partagée que l'air du temps est à l'écologie et donc à la célébration de la beauté « naturelle ».

UNE SOCIÉTÉ DE LA PERFORMANCE

« La nature est injuste, objecte le praticien. Certaines femmes vieillissent beaucoup plus vite que d'autres et ont les seins qui tombent dès 30 ans. » Pour lui, la chirurgie esthétique serait donc un moyen de remettre un peu d'équité dans le loto génétique. Même les féministes sont embarrassées. « La majorité y voit une forme d'aliénation pour les femmes obligées, une fois de plus, de se plier aux canons d'une société patriarcale, note Anne Gotman. Mais certaines la considèrent, au contraire, comme un levier 'd'empowerment' mis à la disposition de toute la gent féminine pour développer ses atouts. » Comme une façon de retrouver confiance et estime de soi. « Avec un coup de bistouri on peut parfois couper un complexe que des années de thérapies n'ont pas permis de traiter », affirme Vladimir Mitz. Quel que soit son âge.

Françoise a attendu d'avoir 66 ans pour passer à l'acte et se faire remonter les seins. « Je ne pouvais plus me regarder dans la glace, raconte cette secrétaire de direction à la retraite. C'était une décision personnelle. Mon mari me trouvait très bien comme ça mais moi, en revanche, j'étais frustrée. Je vivais très mal de ne plus pouvoir mettre de soutiens-gorge affriolants. Après l'opération j'étais euphorique. J'ai montré mes 'nouveaux' seins à toutes mes amies. Aujourd'hui je regrette de ne pas l'avoir fait plus tôt. J'envisage d'ailleurs de me faire retendre le ventre. Si ce n'était pas aussi cher - l'intervention m'a coûté 5 000 euros - j'en ferais encore plus. J'ai toujours rêvé d'avoir un corps sexy. Si la médecine le permet, je ne vois pas où est le mal ! »

Pas de doute, les mentalités évoluent. « C'est notre environnement qui pousse chaque individu à s'auto-façonner pour rester dans la course professionnelle ou affective », souligne Anne Gotman. Une analyse partagée par Thérèse Awada. « Il faut arrêter de faire comme s'il n'y avait pas de pression sur le physique, s'agace celle-ci. Nous vivons dans une société de la performance, et la beauté est un critère qui compte. Oser retoucher son apparence est un geste d'émancipation. Que toutes celles qui n'en ont pas besoin arrêtent de fustiger les autres. »

DES TECHNIQUES MOINS INVASIVES

Cette évolution a tout de même eu pour résultat de soumettre le corps au diktat de la mode. « Hier on réparait des disgrâces comme un bec-de-lièvre, un nez en chou-fleur ou des oreilles décollées afin de rendre le corps acceptable, rappelle Anne Gotman. Aujourd'hui on le façonne au gré des tendances de beauté physiques du moment. » Si la taille des seins a beaucoup varié, les fesses rebondies à la Kim Kardashian demeurent une valeur sûre. Côté visage, la mode est plutôt aux beautés slaves aux formes triangulaires, aux joues creuses et aux pommettes saillantes. Les progrès techniques autorisent, en théorie, toutes les fantaisies.

©Ruben Gérard pour les Echos Week-End

Mais les pratiques évoluent tout de même vers des interventions de moins en moins invasives. Le développement, depuis une dizaine d'années, de la médecine esthétique avec la généralisation du Botox (toxine botulique) pour redonner du tonus aux muscles et de l'acide hyaluronique pour combler les rides a permis d'éviter le recours systématique aux liftings. Dans ce domaine, on privilégie désormais des interventions plus légères et plus ciblées qui remontent les muscles et la peau en même temps. Moins de décollements et de grandes cicatrices, donc.

De même, on essaye d'éviter au maximum les corps étrangers. Le scandale des prothèses PIP en silicone frelaté a laissé des traces. L'année dernière encore, sept marques de prothèses ont été interdites car elles pouvaient favoriser, en de très rares circonstances, des cancers. Même parfaitement adaptés, les implants mammaires peuvent provoquer des coques fibreuses. D'où la tentation d'utiliser à la place, ou en complément, la graisse de la patiente. Une technique dite de « lipofilling ». « De grands progrès ont été faits dans le prélèvement et le nettoyage des cellules graisseuses, explique Vladimir Mitz. La limite c'est que 30% seulement des cellules réimplantées prennent. Sur des seins, on ne peut donc pratiquer que des augmentations d'un demi-bonnet par opération. » Mais la voie est ouverte à la chirurgie régénérative.

« MA VIE A FAILLI ÊTRE GÂCHÉE »

L'évolution des techniques ne met pas pour autant à l'abri de déconvenues. « Un chirurgien esthétique n'a pas d'obligation de résultat, met en garde le docteur François Perrogon, fondateur de l'Association pour l'information médicale en esthétique. Même en cas de ratage évident c'est au patient qu'incombe la charge de prouver la faute. » Pour la victime c'est un peu la double peine.

Alice, une commerciale de 33 ans, en a fait la triste expérience après une rhinoplastie réalisée il y a deux ans. Autant, d'ailleurs, pour corriger une gêne respiratoire que pour affiner un nez qui la complexait un peu. « J'y allais en confiance mais ce fut le début d'un long calvaire. Après l'intervention je respirais plus mal qu'avant. J'avais une grosseur sur le côté du nez qui le compressait. Charmant avant l'opération, le chirurgien s'est vite braqué, refusant de reconnaître l'existence d'un problème. 'Je ne suis pas Dieu, on a rétréci le nez, c'est normal qu'il y ait moins d'air qui passe', m'a-t-il rétorqué avec agressivité. J'étais abasourdie. Je culpabilisais, ça me rongeait moralement. J'ai envisagé de l'attaquer mais j'ai préféré consacrer mon énergie à trouver une solution. »

Après avoir vu une demi-douzaine d'autres praticiens qui lui ont proposé des devis entre 3 000 et 13 000 euros, Alice a enfin trouvé le courage de repasser sur le billard pour une greffe de cartilage. Aujourd'hui elle a retrouvé sa sérénité. « Ma vie a failli être gâchée », reconnaît-elle.

SAVOIR DIRE NON

Mais le plus souvent les insatisfactions ne proviennent pas d'erreurs chirurgicales. « Aujourd'hui les demandes de rectifications peuvent être tellement anecdotiques que le praticien est incapable de garantir un résultat, assure François Perrogon. Ce dernier doit en effet composer avec les aléas de la cicatrisation, variable d'une personne à l'autre. » Compte tenu des risques inhérents à toute opération, ce médecin milite pour qu'on réserve la chirurgie esthétique aux vrais défauts disgracieux.

©Ruben Gérard pour les Echos Week-End

« La noblesse de notre métier c'est de savoir dire non », confirme Vladimir Mitz. Récemment Thèrèse Awada a refusé de remodeler les pommettes d'une jeune femme de 20 ans. « Lors de l'entretien, j'ai compris qu'elle était en fait mécontente des injections réalisées par un autre praticien pour gonfler ses lèvres et qu'elle espérait ainsi rééquilibrer l'ensemble du visage, précise-t-elle. Je lui ai proposé d'attendre que les produits injectés dans les lèvres se résorbent. Par la suite elle m'a remerciée. » Mais tous les chirurgiens n'ont pas ce genre d'attitude.

LA FRENCH TOUCH

« Le vrai risque sous-jacent de la chirurgie esthétique, c'est de chercher à résoudre un problème psychologique par une transformation physique », observe la psychiatre Françoise Millet-Bartoli, auteur de La beauté sur mesure (Odile Jacob). « Pour parer à toute déconvenue, les praticiens devraient être à même de discerner si la demande de leur patiente intervient dans un contexte de crise psychologique, affective ou professionnelle. » Mais leur formation ne les y prépare pas réellement.

« Au final, en France, les demandes restent très raisonnables et cohérentes », note Thérèse Awada. Aux antipodes des Etats-Unis où la chirurgie esthétique est considérée comme statutaire et doit donc se voir, dans l'Hexagone on cultive, en règle générale, la discrétion. « Notre rôle est celui de 'l'homme invisible' », souligne Vladimir Mitz. Dans le milieu, on appelle ça aussi la « French Touch ».

A priori, pas de risque donc que demain toutes les Françaises se ressemblent comme des clones. Le développement de la chirurgie esthétique n'en consacre pas moins, plus que jamais, le corps comme support de communication sociale. Surtout, il entérine l'idée que celui-ci n'est pas donné une fois pour toutes à la naissance. Et peut être remodelé. par la simple volonté personnelle. À chacun de voir si l'on doit s'en réjouir. Ou pas !


5 CONSEILS AVANT DE PASSER À L'ACTE

01. Être bien au clair sur sa demande, quitte à se faire aider par un thérapeute.

02. Le faire pour soi et non pour faire plaisir à son compagnon/mari/compagne/femme.

03. Consulter au moins deux ou trois praticiens avant de se décider, sachant que les ORL, les gynécologues et les ophtalmologistes peuvent aussi être habilités à opérer dans leur domaine de compétence.

04. Bien mesurer les risques d'une opération en Tunisie, jusqu'à 50% moins chère, mais avec des possibilités de recours bien plus restreintes Et des risques d'attraper une maladie nosocomiale beaucoup plus importants.

05. Avant l'opération, ne surtout pas hésiter à évoquer la question du coût des éventuelles « retouches » en cas de problème post-opératoire. Le chirurgien n'a pas d'obligation de résultat. Et les recours se soldent rarement en faveur du plaignant.


LE VISAGE INSTAGRAM

Instagram a annoncé en octobre dernier qu'il allait retirer de sa plate-forme les filtres destinés à imiter les effets de la chirurgie esthétique. De la simple retouche à la métamorphose totale, ils permettaient de transformer son visage, et de le voir même apparaître avec les hématomes postopératoires... Ces outils ont favorisé le réflexe chez les jeunes utilisatrices de redessiner leurs traits à l'image de leurs idoles. Avec le plus souvent un visage de poupée, aux lèvres pulpeuses et aux pommettes saillantes comme celles de Kylie Jenner. On a même baptisé ce phénomène « visage Instagram ». Dans la foulée, aux Etats Unis, beaucoup de chirurgiens esthétiques ont vu débarquer des jeunes femmes munies de photos d'elles-mêmes déjà retouchées comme modèle d'opération. Pas sûr que la décision de la plate-forme suffise à enrayer le phénomène.


TARIFS INDICATIFS

Augmentation mammaire : à partir de 3 500 euros.

Lifting facial : à partir de 4 500 euros.

Lifting abdominal : à partir de 2 500 euros.

Liposuccion : à partir de 3 200 euros.

Rhinoplastie : à partir de 3 000 euros.

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